Persona...

Dans une période marquée par la transformation profonde de l'intimité et du rapport à soi, comme l'ont montré de nombreuses études qui font aujourd'hui référence ( Anthony Giddens, Eva Illouz ) , Sophie Badens travaille sur la nouvelle quête de soi induite par la postmodernité et sa réflexivité permanente. Qui est-on et sait-on seulement qui on est, dans une période marquée par un va-et-viens sans cesse recommencé entre soi et les aitres ? Cette interrogation en perpétuel mouvement est mise en image par Sophie Badens qui, au fil de ses différentes séries, nous amène à chaque fois à reprendre la question du masculin et du féminin, et de la relation entre le masculin et le féminin en nous. Les liens intérieurs et les liens extérieurs apparaissent régulièrement pour rappeler que cette relation n'est jamais définitive et peut toujours être transformée. Les liens se font se défont.


Ecrit dans un tout autre contexte que celui de la réflexivité postmoderne, le texte de Pauline Réage qui ouvre la nouvelle série Persona propose une entrée dans cette question que les images de Sophie Badens abordent ensuite, comme à son habitude, avec l'aspect volontairement dérangeant et perturbant qui caractérise sa démarche visuelle. Pour Sophie Badens, cette perturbation participe de la quête identitaire en tant qu'elle nous oblige à quitter les représentations convenues que nous nous faisons de l'homme, de la femme et de nous-mêmes. Le malaise que peut créer certaines images déstabilise ces schémas convenus en nous forçant à regarder différemment ce que nous croyons déjà voir. Pour terminer en paraphrasant un aphorisme connu, on pourrait dire que le travail de Sophie Badens nous amène à voir ce qui est visible, mais que nous ne voyons pas.


Christian Walter

"Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne"


Photo ©SophieBadens





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