Une écriture-Monde

Chacun(e) a quelque chose à dire, même le solitaire noyé dans son silence, même l’aliéné que la raison abandonne, même l’enfant tapi dans ses rêves ; a plus forte raison ceux qui écrivent, peignent ou... politisent.

Avoir à dire, oui. Mais quoi ? Et jusqu’où ? Le désir de s’exprimer est bien dans la nature commune ; il ne devient un acte d’artiste que s’il est porté par une « écriture » propre et si cette écriture ouvre les fenêtres d’un monde singulier.

A l’évidence, son « Nikon » en main, Sophie Badens porte une écriture – monde. Les corps et les regards, dans un rapt à la fois tendre et sophistiqué, des corps qui se cherchent ou se disent, des regards qui se croisent ou se perdent. Du donné et du pris, voire du volé, au croisement subtil de la force d’un étrange vert, et de l’abandon intime et feutré d’un presque mauve, ou peut-être violet. Et des respirations profondes, celles de l’amitié, du partage, de la maternité ronde et généreuse ou de l’échange lascif des visages en plan serré.

La fascination qu’exercent les photos de Sophie Badens réside dans cette tension subtile entre l’extériorité du regard et l’intimité des aveux qui se défont sans le vouloir ; entre l’abandon et la pose, entre l’instant et la longue quête suspendue de soi ou de l’autre.

Le monde de Sophie Badens n’est pas clos sur lui-même ou enfermé par les exigences insidieuses d’une technique ou d’une culture ; il est comme un regard tendre et soucieux derrière le rideau fragile des âmes, au-delà du miroir.



Jean Pierre Delbouys


Photo ©SophieBadens



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